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à la superficie, ou immédiatement au-dessous, des parties du fond de l’océan, changées plus tard en terre productive par le travail créateur de petits êtres imperceptibles, qui occupent à peine une place dans la classification du grand système de la nature. Nous savons peu de chose sur leur organisation physique et sur les moyens qu’ils emploient pour élever leurs constructions gigantesques : faute d’une expression meilleure, nous avons donné à leur prodigieuse activité le nom d’instinct ; mais nous aimerions mieux, avec Hunter, l’appeler aiguillon de la nécessité.

L’imagination se refuserait à croire que ces petits vers gélatineux aient créé des milliers d’îles et d’acres de terre dans l’Atlantique et dans les océans Pacifique et Indien, et surtout dans ces derniers, si on ne les avait en quelque sorte toujours pris sur le fait. Quand on sait que ces jolis tubes de matière calcaire, élémens de la roche de corail, peuvent toujours être tirés de la mer, souples et flexibles comme la cire, et n’acquièrent la dureté de la pierre qu’après que la vie s’est éteinte en ces petits animaux, on ne peut douter de la nature de leurs occupations pendant leur vie. L’accroissement des îlots eux-mêmes, en nombre et en étendue, ne saurait non plus être l’objet d’un doute ; mais il est lent et silencieux, et les observations sont en si petit nombre et si récentes, il est d’ailleurs si rare qu’elles soient renouvelées à de longs intervalles par le même observateur, que peu de faits encore justifient cette assertion. On croit cependant que les immenses bancs de corail qui entourent les Bermudes se sont, de mémoire d’homme, considérablement rapprochés de la surface de la mer.

« Si la Société de géographie de Londres, continue M. Barrow, jugeait à propos de distribuer aux navigateurs, et spécialement à ceux qui parcourent l’Océan indien, une série de questions sur les îles de corail, nous appellerions surtout son attention, dans l’intérêt de la science, sur l’immense groupe des Maldives, la plus merveilleuse de ces merveilleuses constructions. L’ancien voyageur musulman