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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/569

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RÉVOLUTIONS DE LA QUINZAINE.

espérances que M. Robert avait fait concevoir. A vrai dire, Donizetti et Bellini sont de médiocres musiciens, malgré la réputation éclatante dont ils jouissent maintenant en Italie. Mais on aurait mauvaise grâce à blâmer l’activité de l’impressario, qui, pour varier nos plaisirs, a bien voulu monter deux opéras nouveaux. Depuis quelques douze ans, le théâtre Italien de Paris vit sur un répertoire assez circonscrit, et à ce compte, il faut savoir gré à M. Robert de nous avoir offert la Sonnambula, et Anna Bolena. Ces deux partitions ont été pour Mme Pasta l’occasion d’un double triomphe, quoique les connaisseurs l’aient justement accusée de méconnaître la vocation et les limites de son talent en abordant un rôle que sa stature et sa physionomie semblaient lui défendre. Elle a eu tort sans doute de vouloir lutter de pantomime et de séduction avec les souvenirs de Mme Perrin, de Léontine Fay, et de Mme Montessu ; mais en dehors de ces considérations dont on ne saurait contester la rigoureuse littéralité, il faut proclamer hautement que Mme Pasta a été déchirante dans plusieurs scènes de la Sonnambula, et que plusieurs fois elle a fait oublier à l’auditoire la fausseté de la position dans laquelle elle s’était placée. Il y aurait bien une autre critique à faire, et qui a été faite, ce serait de rechercher jusqu’à quel point le sujet du libretto est compatible-avec la musique. Mais cette récrimination exercée sur un fait accompli, serait au moins inutile.

Deux représentations de Don Giovanni, ont dû suffisamment éclairer Mme Schrœder-Devrient sur l’erreur où elle s’est engagée. Son talent, assez dramatique, mais très-peu musical, ne convient pas à la scène italienne. Lablache, malgré la verve et l’entraînement de son chant et de son jeu est déplacé sous le costume de Don Giovanni. On ne consent pas volontiers à se figurer le héros de Molière, de Byron et de Mozart sous les traits de Goliath.

Mais le départ de Mme Pasta permet maintenant à l’empressement et à l’enthousiasme de se porter tout entiers sur Mme Malibran. Cette admirable cantatrice a fait sa rentrée dans Ninetta. C’est le rôle qu’elle choisit de préférence pour ces sortes de solennités, et jusqu’à présent les applaudissemens ont sanctionné son choix. Cette fois-ci encore, l’enthousiasme de l’auditoire ne l’a pas un seul instant abandonnée ; et ainsi, à ne consulter que les faits et les témoignages incontestables de l’approbation publique, elle peut croire que sa tâche est remplie ; elle peut défier la critique, se reposer dans sa gloire, et se confier à l’avenir sur la foi du passé.