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REVUE. — CHRONIQUE.

bre qui l’a mis à mort. On avait dit que le prince de la Moscowa, en faveur de la pairie, renonçait à ce procès si glorieux pour lui, cela est faux. Le prince de la Moscowa ne siégera pas à la chambre des pairs, avant la révision du procès de son père, c’est ainsi que la France l’entend aussi. D’ailleurs avec le nom du maréchal Ney, on est toujours sûr d’être le pair du plus haut et du plus glorieux.

Outre les trois à quatre cents décorés et les trente-six pairs, on a fait une monstruosité non moins étrange. Un maréchal de France honoraire ! Quelque chose qui n’avait jamais existé. Un grossier contre-sens qui ne peut mener à rien. Avant de se jouer ainsi des honneurs, des distinctions, des charges civiles et militaires de la patrie, un ministère devrait bien attendre une plus grande majorité que celle de M. Casimir Périer.

Toutefois cette majorité a été la maîtresse. Elle a fait rejeter la lecture d’une vive adresse soutenue par cent trente et un députés, dans laquelle cette fournée de pairs était traitée d’illégale. Tous les journaux ont crié à l’illégalité, contre l’opposition ! Mais le public fatigué de toutes ces controverses, harassé de tant de fatigues, allant tour à tour du fusil-Gisquet au fossé des Tuileries, du vol des médailles aux nouveaux décorés, des nouveaux décorés aux trente-six pairs, des trente-six pairs au maréchal de france honoraire, unique en son genre, le public dans son heure d’insouciance et de nonchalante indignation est allé se divertir à l’Opéra.

Robert le Diable, grand opéra en cinq actes, musique de Meyer-Beer, paroles de MM. Germain Delavigne et Scribe, a été joué lundi passé. L’affluence était considérable, mais il y avait peu de jolies femmes, peu de grandes toilettes, c’était une désespérante bourgeoisie ; du reste assemblée très-attentive et très-émue. Parlons du poème d’abord, c’est la plus insipide production de M. Scribe. Il est impossible d’être plus diffus et moins clair. Il s’agit du diable qui a pour enfant Robert, fils de Berthe la chrétienne. Le diable aime tant son fils, qu’il veut le damner pour n’avoir plus à