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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/551

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RÉVOLUTIONS DE LA QUINZAINE.




Paris, 29 novembre.


L’Avenir a cessé de paraître il y a huit jours. C’était un journal religieux, tout entier consacré aux doctrines catholiques, et qui avait pris pour devise le mot de Voltaire bénissant le fils de Franklin : Dieu et la liberté !

On attribue la suspension de ce journal à beaucoup de causes différentes. La version la plus probable, c’est que M. de Lamennais, qui avait fondé le journal, a été forcé de reculer devant l’opposition de plusieurs évêques. Ceci est un fait digne de remarque. La servilité de l’église de France, dans un moment où elle aurait besoin de tant de courage et de cœur, a droit de nous étonner. Même pour les indifférens, c’est chose affligeante de voir M. de Lamennais, ce grand génie chrétien, désavoué si cruellement par ses frères dans une défense si courageusement entreprise ; à de pareils indices de lâcheté, on peut juger qu’une religion est perdue. M. de Lamennais, suivi de ses deux disciples, MM. Lacordaire et le comte de Montalembert, doit se rendre à Rome pour exposer au souverain pontife sa doctrine et sa profession de foi. Ainsi de nos jours se renouvellent ces lointains pèlerinages d’autrefois, quand la soumission était le premier dogme du chrétien comme du sujet. Qu’on attaque M. de Lamennais avec toute l’éloquence des amis du ministère, peu nous importe. Nous perdons en perdant M. de Lamennais un défenseur puissant et éclairé de la liberté d’enseignement ; quant à son voyage à Rome, il appartient à de trop respectables