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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/539

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lu la Cantharide de Béranger, et les satires de Pétrone ; mais il n’a pas voulu voir appliquer les recettes des commères et des sages-femmes, ni suivre pendant trois heures la lutte engagée entre deux intrigans pour empêcher ou pour hâter la virilité d’un monarque imbécille. Vainement l’auteur a protesté dans ses journaux contre ce qu’il appelle les vestales de l’orchestre. Il a eu beau se mettre sous la protection de Shakespeare et de Molière, personne n’a voulu croire qu’il fût parent de ces messieurs. Pour ce qu’il nomme la pudeur de sa reine, de bonne foi je n’en souhaite pas une pareille à ma maîtresse ou à ma femme. C’est tout bonnement, dans les premiers actes, une niaiserie d’Agnès, que Molière savait bien justifier par l’éducation de ses héroïnes, mais incompatible avec les habitudes d’une reine, et dans les derniers actes un dévergondage de réticences qui ferait honte à de vieilles prostituées.

Qu’il compare, s’il veut, la chute de sa pièce à la prise de Varsovie ; qu’il épuise le clinquant de ses paroles à décrire les clefs forées cachées sous les mouchoirs de batiste ; qu’il s’en prenne aux actrices et aux danseuses de l’opéra, aux femmes entretenues, aux libertins de toutes les classes ; que dans la prochaine édition de sa comédie II ajoute à sa préface ces paroles de Rousseau : « quand la vertu s’est enfuie des cœurs, la pudeur se réfugie sur les lèvres ; » Il aura beau faire, on ne voudra pas même faire à sa pièce, une seconde fois, les honneurs des sifflets. On oubliera ce drame prétendu, où pas un acteur ne parle le langage de son caractère et de sa situation, cette maison sans nom et sans chiffre, où des personnages plus qu’équivoques parlent le jargon de l’hôtel de Rambouillet. On ne voudra pas même relever la perfidie avec laquelle II essaie de souder Charles Nodier et Alfred de Vigny à M. Mortonval, et de leur distribuer, comme les pains merveilleux, les glapissemens des sifflets, qui ont répondu, comme il faut, à l’attaque dirigée contre le bon sens et le goût.

Il faut plaindre sa haine et ne pas la lui rendre.


GUSTAVE PLANCHE.