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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/521

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consultations du docteur noir.

chapitre xvii.
Un escalier.

Saint-Socrate, priez pour nous ! disait Erasme le savant. J’ai fait souventes fois cette prière en ma vie, continua le docteur, mais jamais si ardemment, vous m’en pouvez croire, qu’au moment où je me trouvai seul avec cette jeune femme dont j’entendais à peine le langage, qui ne comprenait pas le mien, et dont la situation n’était pas claire à mes yeux plus que la parole à mes oreilles.

Elle ferma vite la petite porte par laquelle nous étions arrivés au bas d’un long escalier ; et là, au lieu de monter, elle s’arrêta tout court, comme si les jambes lui eussent manqué au moment de monter. Elle se retint un instant à la rampe, ensuite elle se laissa aller assise sur les marches et quittant ma main qui la voulait retenir, me lit signe de monter.

Vite ! vite ! allez ! me dit-elle en français à ma grande surprise ; je vis que la crainte de parler mal avait, jusqu’alors, arrêté cette timide personne.

Elle était si effrayée, ses yeux ouverts démesurément avaient une expression de Méduse si extraordinaire, que je frémis moi-même, et la quittai brusquement pour monter. Je ne savais vraiment où j’allais, mais j’allais comme une balle qu’on a lancée violemment.

Hélas ! me disais-je en montant au hasard l’étroit escalier, hélas ! quel sera l’esprit révélateur qui daignera jamais descendre du ciel, pour apprendre aux sages, à quels signes ils peuvent deviner les vrais sentimens d’une femme quelconque, pour l’homme qui la domine secrètement ? Au premier abord, on sent bien quelle est la puissance qui pèse sur son âme, mais qui devinera jamais jusqu’à quel degré tom’f. iv. 35

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