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devant elle sans quelle s’en soit mêlée. Quand on s’est aperçu qu’elle faisait si bon marché d’elle-même que d’aller échanger son principe et sa haute ambition pour la première chance que le monde lui offrait à sa roue, quelle estime lui est restée dans un pays dont l’effort le plus grand avait été de la supporter sans fiel ? Après avoir vu une religion se tuer de sa main, il nous restait à voir comment une philosophie s’y prend, après que son heure est arrivée, pour s’étouffer à son tour par les mêmes moyens : car la défiance que l’on avait pour les dogmes, on l’étend aux idées dans un temps où chacune d’elles porte sur le front la marque d’une apostasie récente. Il ne manque pas de gens qui s’en vont nous montrant au doigt nos théories d’hier retournées aujourd’hui contre nous. Cette foi dans la pensée, qu’on avait réveillée à si grand’peine, la voilà donc détruite de nouveau, et le pays, joué ou croyant l’être, s’étourdit et se rejette à plaisir dans le tumulte et l’insouciance de l’action. Loi éternelle, harmonie de l’histoire, monde infini à lui seul visible, toutes paroles éloquentes il y a deux ans, aujourd’hui vides et mortes, et qui coûtent plus de temps à réhabiliter que des royautés découronnées ! Si une de ces philosophies sensuelles, long-temps redoutées d’avance, se fut mise à se faire tranquillement sa part dans l’État, et à se retirer à l’écart dans le danger commun, il y aurait là une conséquence logique que nous saurions priser autant qu’un autre. Mais, au lieu de cela, si c’est le spiritualisme exalté qui, tout plein de sa foi, s’en va, du haut de sa récente victoire, tomber et s’arrêter dans les mêmes convoitises que l’école adversaire ; si c’est l’idéalisme qui, pour sa première épreuve, se range à tout hasard sous le joug du premier pouvoir qui l’accepte ; si, pour se faire plus léger,