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s’achopper et tourbillonner sans issue. Et le moment vient peu à peu de remonter par la philosophie à la pensée de la civilisation européenne pour y retrouver notre place.

Dans ce dessein, si l’on considère le mouvement entier apporté dans le monde par la révolution française, ses longues et sanglantes alternatives, tous les climats qu’elle atteint, les pas d’hommes qui retentissent avec mesure sur le sol, on finit par découvrir une chose qui jette dans un grand étonnement : c’est que, hors d’elle et loin d’elle, soit l’écho de ses pas, soit une intime sympathie, tout ce qui se passait chez nous à la lueur du jour, tout ce qui s’y faisait de bruit, d’action réelle, apparaissait ailleurs en même temps, dans le même ordre, sous une succession impalpable d’idées, de théories et d’abstractions vivantes. La suite entière de la philosophie moderne au fond de l’âme, retirée de l’Allemagne, paraît être, en effet, l’ombre réfléchie de la vie politique et le retentissement des événemens dont le centre était en France. A mesure que notre pays marchait d’un degré les armes à la main vers une période nouvelle de l’histoire du monde, ce changement se résumait en même temps dans les théories silencieuses du Nord. On pourrait, en ne regardant que ces systèmes l’un après l’autre, retrouver sous leurs fantômes les empreintes de sang, le mouvement des assemblées populaires, le soleil des champs de batailles, et chacune des phases politiques par où nous avons passé. Kant a le même caractère que la Constituante ; mêmes espérances illimitées, même enthousiasme du devoir, mêmes acclamations sur sa réforme inattendue. Lui aussi croit retenir l’avenir sur le seuil qu’il entr’ouvre ; et puis l’héroïsme est la condition de sa philosophie morale, comme