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auraient attaqué la corvette elle-même, et s’en seraient rendus maîtres. Dans les projets de ces braves gens, M. Jacquinot et moi nous étions particulièrement dévoués à une mort certaine, tant pour se venger de l’attention que nous avions constamment portée tous les deux à les chasser du navire, quand ils s’y introduisaient clandestinement, que par l’opinion générale parmi eux, qu’une armée privée de ses premiers chefs n’est plus à redouter.

Le temps, l’ennui, la crainte et sans doute la pluie à laquelle ils furent exposés durant trois jours, refroidirent beaucoup leur humeur belliqueuse. Les chefs réfléchirent sérieusement aux suites de cette guerre, ils sentirent que la ruine complète de Mafanga, le sanctuaire de leur religion, en serait une des moindres conséquences. L’homme tué par un éclat de mitraille, et la crainte des bombes dont je les avais menacés, frappèrent leurs esprits d’épouvante. Divers chefs qui n’avaient eu aucune part à l’attentat de Tahofa, ni aux fruits qu’il en avait retirés, lui firent de fortes représentations. Il y eut de longues conférences et des conseils sans fin, auxquels nos hommes étaient souvent appelés pour être interrogés sur nos forces et mes intentions présumées. Enfin Tahofa fut obligé de céder au vœu de ses collègues, et il fut arrêté que tous les captifs me seraient rendus sans rançon. Comme on ne m’avait jamais touché la corde de la rançon, j’avais cru que les naturels n’y avaient point songé, mais j’appris qu’elle avait été proposée par Tahofa dans les questions adressées aux Français. Les menaces foudroyantes que j’avais faites par l’organe de Singleton, empêchèrent Tahofa de donner suite à cette proposition.

Il y avait quelque apparence que Singleton, comme je le lui avais recommandé, avait essayé de semer la division entre les chefs Palou, Toubo, Faka-Fanoua d’une part, et Tahofa de l’autre, en promettant aux premiers l’appui de mes armes contre leur rival. Mais l’adroit Tahofa aurait eu vent de cette manœuvre, car Singleton reçut tout à coup l’ordre de quitter Mafanga pour retourner à Moua. Il en fut