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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/471

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les faire découvrir ; car un nègre ne peut pas vivre sans feu, et quand il dort, il est toujours couché le dos tout près de la braise où rôtissent ses bananes. Un soir, dans une de nos promenades, nous en rencontrâmes trois, forts, vigoureux, à l’air fier, avec un long bâton sur l’épaule, et entièrement nus. Ils restèrent quelque temps indécis sur le parti qu’ils prendraient, et les femmes commençaient déjà à pâlir et à trembler ; mais ils s’enfoncèrent bientôt dans le bois, en s’enfuyant à toutes jambes.

Il y a aussi beaucoup de chiens sauvages dans les bois de San-Salvador. Quand la lune brille, on les entend hurler de tous côtés dans ces silencieuses montagnes. Il y en avait un apprivoisé à San-Suzanna, qui était bien la plus jolie bête que j’eusse jamais vue [1].

Le caféier de San-Suzanna est le plus beau des montagnes ; il a cinq cent mille pieds de café ; celui d’Esperanza, quatre cent mille, et celui d’el Fondador, huit cent mille. Dans les montagnes de Cusco, à l’ouest de celles de San-Salvador, où on ne peut aller qu’à cheval, il y a de petits caféiers, de véritables ermitages, où le colon est absolument seul avec sept ou huit nègres.

  1. Le perro jibaro, chien sauvage, est le chien domestique enfui dans les montagnes : son poil est rude et d’un gris sale ; il est carnivore et féroce, cependant beaucoup moins que le loup d’Europe : il ne se jette sur l’homme que lorsqu’il en est attaqué. Ces chiens vivent dans les cavernes, les bois les plus épais, et causent de grands ravages parmi les troupeaux de cochons, les veaux et les poulains. Le chat sauvage, qui est également le chat domestique enfui dans les bois, est l’ennemi le plus dangereux des oiseaux.