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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/463

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au marquis Ramos. Trois lieues environ avant d’y arriver, on se trouve, en suivant une route parfaitement unie, où le calessero va toujours au triple galop, dans un véritable paradis terrestre. La terre de ce district est d’un rouge très-vif, comme à Mantazas et dans d’autres parties de l’île. Figurez-vous un ciel bleu indigo éclatant, et une brise fraîche qui vous caresse, toute parfumée de fleurs et de fruits ; des plaines de cale vert foncé ; de longues allées rouges à perte de vue, bordées d’ananas vert tendre, et d’une longue colonnade de majestueux palmiers royaux[1], entremêlés d’orangers ployant sous le fardeau de leurs fruits d’or, qu’ils sèment de tous côtés, qu’on ne se donne pas la peine de ramasser : la terre en est jaune, les chevaux et les voitures les écrasent, et personne n’y fait attention ; puis des haies de roses et de citronniers entourant ces jardins, où s’élèvent des milliers de bananiers, et un grand

  1. Il y a différentes espèces de palmiers ; celui qu’on nomme palmier royal, est sans contredit l’arbre le plus important et le plus remarquable de l’île de Cuba. Son fruit, nommé palmiche, est la principale nourriture des troupeaux de codions, et même souvent des bœufs et des vaches. Le chou qui surmonte les branches est, à certaines époques de l’année, un aliment excellent, semblable au palmito de la partie méridionale de l’Espagne. Dans les grandes sécheresses, la pulpe laiteuse de l’intérieur de son tronc alimente et rafraîchit les bestiaux ; les branches servent à couvrir les toits des maisons, et l’aire des cloisons. Le tronc, converti en planches, quoique un peu étroites, est également très-utile pour la bâtisse, et pour faire des canaux dans les champs. Ce bois, bien travaillé et poli, offre des veinures qui le l’ont beaucoup rechercher des étrangers. Enfin, les branches servent, par leur grandeur, leur force et leur élasticité, à une multitude d’emplois : on en fait des boites pour renfermer le tabac, des seaux, des cages, etc. Mais, pour leur donner la forme convenable et les rendre maniables, il faut bien les mouiller, car on n’en peut rien faire quand elles sont sèches.