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inaccessibles de Mania, pour se mettre à l’abri des persécutions d’un gouvernement qui avait juré la ruine de sa famille. Je transcris quelques passages de cette lettre, que j’ai sous les yeux.

« Le principe sacré de la justice a seul armé les bras des Grecs contre leurs oppresseurs….. Accouru l’un des premiers à l’appel de la patrie, j’ai tâché de lui être utile. Le sang de mes parens, tant de fois versé sur le sol du Péloponèse et sur le continent de la Grèce, témoigne de mon dévouement constant et sincère. Mon intention n’est pas de rappeler ce que j’ai fait pour la patrie : je lui ai sacrifié une position brillante ; depuis dix ans je suis éloigné de ma famille, désolée de la perte de la plus grande partie de ses membres, et en proie à l’indigence la plus accablante. Votre Excellence fut appelée à la tête de la nation en vertu d’un contrat qui devait garantir à la patrie un gouvernement juste et bienfaisant. Je ne puis pas dissimuler que j’ai coopéré à votre nomination, confiant que j’étais alors dans les sentimens que la renommée vous attribuait. Quelle fut notre surprise lorsque nous avons pu observer les premiers effets d’une conduite arbitraire ! »

Ici il fait l’exposé des injustices du gouvernement envers lui, et poursuit :

« Vous avez jadis avoué, même aux représentans des trois puissances à Poros, que la famille des Mavromichalis s’est distinguée la première dans la lutte nationale, et qu’elle s’est sacrifiée pour le bien public. Nous vous avons appelé pour veiller à la sûreté de notre honneur et de nos vies… Vous nous persécutez, nous qui avons versé notre sang, nous qui, par les trophées nombreux que nous avons acquis au prix de tant de sacrifices, avons, seuls et sans vous, préparé la place que vous occupez ! Je pars pour la terre stérile où j’ai reçu la vie, terre dure et stérile, à la vérité, mais fière de n’avoir jamais subi un joug ignominieux. C’est de là que, le cœur navré de douleur, je contemplerai le pays pour la délivrance duquel j’ai tout sacrifié. Je