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incertitude dans leur prise d’armes contre les Turcs, et leur froideur à coopérer aux mesures insurrectionnelles, s’étaient gravement compromis auprès de leurs compatriotes, dont la vengeance fut arrêtée par la générosité des Mavromichalis. Cette circonstance, qui avait rapproché les deux familles, semblait les avoir enfin réconciliées, lorsque le président tenta de rallumer une rivalité mal éteinte. D’un côté, il accueillit les Mourtzinos, et les combla de bienfaits ; de l’autre, il repoussa et accabla de persécutions les Mavromichalis, cherchant ainsi à ressusciter les deux partis pour les détruire l’un par l’autre, et ressaisir, au milieu des discordes intestines, l’autorité qui lui échappait par la conduite oppressive des gouverneurs qu’il y avait envoyés. Son plan échoua. Indignés des vexations de Ghenovelos, les notables demandèrent et obtinrent son rappel. Cependant le président ne se rebuta pas : quelque temps après, il rétablit le gouverneur, et mit une telle opiniâtreté à le soutenir, que les amiraux des puissances, informés de cette lutte, et prévoyant des dangers, firent des représentations dont il ne tint compte, et il fallut de nouveaux incidens pour que Ghenovelos reçût sa destitution définitive.

Mourtzinos mourut, et le président, n’ayant plus personne à opposer aux Mavromichalis, se décida à employer la force contre eux. Il intente un procès à Georges et Constantin Mavromichalis, dans lequel il les accuse d’un crime imaginaire ; il les enlève à leurs juges naturels, en les renvoyant devant les tribunaux d’Argos et de Spetzia, là, ils sont jetés en prison, quoiqu’un jugement eût reconnu leur innocence. En même temps, le gouverneur Cornélius veut s’emparer, les armes à la main, de toutes les maisons des Mavromichalis, mais il est repoussé avec vigueur. A la nouvelle de cet échec, Capo-d’Istria s’empresse d’informer Petrombei qu’il n’a pas la moindre part à ces tentatives, qu’il reconnaît ses droits, et compatit à ses malheurs.

C’est alors que Mavromichalis quitta Nauplie, après avoir déclaré au président qu’il se retirait dans les montagnes