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en fûmes quittes, M. Joinville et moi, pour entrer dans l’eau jusqu’à la ceinture.

Vainqueurs de Neptune, nous n’avions plus que Pluton à vaincre. Il était une heure et demie ; nous devions être rentrés à bord au coucher du soleil. Le brick était à trois lieues, et il nous fallait au moins deux heures de marche pour l’atteindre ; enfin deux heures nous restaient à consacrer à nos observations sur ce petit coin de terre qui nous amenait de si loin.

Après un frugal repas, nous nous distribuâmes les rôles. MM. Aragon et Barlet, directeurs de l’expédition maritime, se chargèrent de mesurer la circonférence de l’île, qu’ils trouvèrent être d’environ sept cents mètres sur soixante-dix de hauteur ; le docteur Baud fit toutes les expériences thermométriques ; M. de Franlieu fit sonder dans le cratère, et puiser de l’eau dans les diverses profondeurs et sur les différens bords. M. Joinville se mit à faire des dessins, parmi lesquels se trouve une vue de l’intérieur du cratère.

Enfin, M. Derussat fit hisser le pavillon tricolore sur le point le plus élevé de l’île, et fixer l’écriteau que nous avions préparé, non pour prendre possession, par une vaine et ridicule cérémonie, d’un tas de cendres surgi au milieu des mers, mais, pour constater notre présence, et pour apprendre à ceux qui viendront après nous que la France et son gouvernement ne laissent pas échapper une occasion de montrer l’intérêt qu’ils prennent aux questions scientifiques dont la solution peut étendre le domaine des connaissances positives.

Accompagné de deux matelots, je me mis en devoir de parcourir tous les points de notre îlot, pour rechercher surtout si, en quelque endroit, des matières appartenant au fond de la mer n’auraient pas été soulevées ou projetées. Après avoir gravi la plus haute cîme au milieu des scories brûlantes, après avoir deux fois fait le tour entier au pied des falaises, je fus assuré que ce monticule, dont la base était peut-être à cinq ou six cents pieds dans la mer, était