Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/36

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pas l’intention de leur faire du mal, et qu’ils tenaient seulement à les conserver à leur service.

Depuis dix heures et demie jusqu’à onze heures et demie, trente coups de caronade furent successivement tirés, dont quelques-uns à mitraille. Les naturels répondirent par quelques coups de mousqueton, et certaines balles passèrent par-dessus le navire. Les amarrages des bragues, usés sans doute par l’humidité, avaient presque tous manqué, et l’on fut obligé de cesser le feu pour les réparer. De leur côté, les insulaires profitèrent de cette suspension pour fortifier leurs remparts.

Après le dîner de l’équipage, la chaloupe, sous les ordres de M. Guilbert, et armée de deux espingoles, est allée mouiller notre ancre de poste dans le sud-sud-est ; puis nous avons viré dessus en filant de la petite chaîne. La chaloupe, pendant cette opération, a reçu plusieurs coups de fusil, dont aucune balle n’a heureusement fait de mal, et elle a répondu par deux coups d’espingole. À deux heures, nous étions définitivement affourchés fort près du récif, avec soixante-quinze brasses de la petite chaîne et vingt-cinq de la grosse. Nous avons fait de nouveau embossure et présenté le travers au village.

Le feu a recommencé, et les mitrailles, pointées avec soin, ont très-bien porté. À la première décharge, qui a tombé sans doute sur le gros de la troupe, les naturels ont poussé de grands cris en agitant un grand nombre de morceaux d’étoffe. Nous avons pris ce signal pour un défi, car il n’a été suivi, du reste, d’aucun mouvement qui annonçât le désir de parlementer. Vingt-quatre coups ont encore été tirés à des intervalles de quelques minutes entre chacun d’eux, douze à boulet et douze à mitraille. En général, les coups à mitraille étaient suivis de cris redoublés, tandis qu’un profond silence accompagnait les boulets.

À quatre heures, les amarrages avaient encore manqué, et il fallut s’occuper de les refaire, comme de remplacer l’apprêté consommé. Le brave Reynaud, notre maître canonnier,