Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/354

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


affaire nationale. Le ministre disgracié se mit à la tête des mécontens ; il créa des journaux qui favorisèrent sa haine et ses desseins ; il les répandit avec profusion, et excita de tout son pouvoir cet esprit révolutionnaire qui bientôt amena l’abdication de l’empereur.

On tendit à cette époque un piège bien dangereux à l’inexpérience du peuple brésilien. On lui peignit sous les plus séduisantes couleurs la prospérité toujours croissante de l’Amérique du nord, et des idées de fédéralisme se répandirent dans toutes les provinces du Brésil. Mais l’union américaine a été formée par des sectaires vertueux, pleins de constance et d’énergie, qui, préparés à la liberté par les leçons même et par les exemples de leurs ancêtres européens, étaient capables de la concevoir et dignes d’en jouir. Il s’en faut bien malheureusement que le peuple brésilien soit formé des mêmes élémens et qu’il se trouve dans les mêmes circonstances. Des esclaves appartenant à une race inférieure composent les deux tiers de ce peuple, et il gémissait, il n’y a que dix années, sous un régime despotique, dont le résultat était non-seulement de l’appauvrir, mais encore de le démoraliser. Les Brésiliens ont noblement secoué le joug du système colonial ; mais, sans y songer peut-être, ils sont toujours, il-faut le dire, sous sa triste influence, comme l’esclave qui a brisé ses chaînes en laisse voir les traces bien long-temps encore sur ses membres meurtris. L’union américaine, et surtout l’esprit qui anime les Américains, tendent à rendre chaque jour plus compacte la société qu’a formée ce peuple, ou du moins celle qui se forme dans chaque province. Les Brésiliens, au contraire, ne sauraient établir chez eux le système fédéral sans commencer par rompre les faibles liens qui les unissent encore. Impatiens de toute supériorité, plusieurs des chefs hautains de ces patriarchies aristocratiques dont le Brésil est couvert, appellent sans doute le fédéralisme de tous leurs vœux ; mais que les Brésiliens se tiennent en garde contre une déception qui les conduirait à l’anarchie et aux vexations d’une foule de petits