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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/351

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et on leur donna l’ordre d’étudier et de devenir savans. Peut-être le but qu’on se proposait n’eût-il pas été tout-à-fait manqué, si, mettant au concours les places de pensionnaires, on eût fait partir pour la France les sujets les plus instruits et les plus laborieux ; mais ce furent le népotisme et l’intrigue qui présidèrent au choix. Les puissans du jour envoyèrent en Europe leurs païens et leurs créatures, et, dans le nombre, il se trouva des hommes qui auraient eu besoin de prendre des leçons de grammaire et de calcul. Les pensionnaires goûtèrent les plaisirs de Paris aux frais de leurs compatriotes ; on finit par se lasser de tant de dépenses, et l’on mit à faire revenir cette jeunesse peu studieuse autant de brutalité qu’on avait mis peu de discernement en la faisant partir.

La circonstance que nous venons de citer ne fut pas la seule où le gouvernement brésilien prétendit prouver qu’il n’était point indifférent aux nobles travaux de l’intelligence. Il voulut un jour récompenser quelques étrangers célèbres, et son choix tomba sur des hommes dont personne ne saurait contester le talent supérieur. Comme il lui était impossible d’accorder des faveurs à tous les genres de mérite, on croira peut-être qu’il donna la préférence à M. de Humboldt, par exemple, qui a rendu tant de services au continent américain ; à des savans qui, comme MM. Spix, Pohl et Martius, se sont attachés en particulier à faire connaître le Brésil, ses productions et ses richesses ; ou bien encore à des hommes dont les importantes recherches ont eu une grande influence sur les progrès des sciences les plus utiles, et contribué à la prospérité de tous les peuples, à des hommes tels que les Cuvier, les Gay-Lussac, les Poisson, les Davy, les Ampère, les Arago, les Berzelius. Ce ne furent point là ceux que le gouvernement brésilien songea à récompenser ; il fit tomber son choix sur Scribe et Rossini [1]

  1. L’abbé Manoel Ajres de Cazal, le père de la géographie brésilienne, languit à Lisbonne dans l’indigence, sans pouvoir publier la deuxième édition de son excellent ouvrage sur le Brésil.