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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/346

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de ses richesses ; elle le blessait tout à la fois dans son orgueil et dans ses intérêts. L’assemblée des cortès crut donc que, pour se rendre populaire, il fallait qu’elle fît rentrer le Brésil sous le joug de la métropole. Aveuglé par la vanité nationale, les législateurs portugais n’avaient pas même daigné sans doute jeter les yeux sur la carte du Brésil. Un décret maladroitement hypocrite rétablit l’ancien système colonial ; et, comprenant dans un seul anathème le royaume du Brésil et le jeune prince auquel Jean VI en avait confié la régence, les cortès ordonnèrent que don Pedro, déjà marié et père de famille, reviendrait en Europe pour voyager sous l’aile d’un gouverneur, et lire avec lui les Offices de Cicéron et les Aventures de Télémaque.

L’insulte qu’avaient reçue en commun les Brésiliens et le prince régent, les rapprochèrent. Don Pedro désobéit aux législateurs de Lisbonne, les Brésiliens le mirent à leur tête, chassèrent les soldats portugais, et proclamèrent leur indépendance.

Le nouveau souverain de l’immense empire du Brésil avait vingt-deux ans. Son enfance avait été confiée à un homme de mérite, le Danois Rodemacher ; mais la cour corrompue de Jean VI voyait avec une égale appréhension le savoir et les vertus. Une intrigue fit expulser le sage instituteur, et le prince n’eut plus d’autre maître que le Franciscain Antonio d’Arrabida, aujourd’hui évêque in partibus. Ce moine passait dans son ordre pour un homme instruit ; mais les connaissances du plus instruit des Franciscains étaient encore bien faibles, et le père Antonio d’Arrabida ne voulut pas même communiquer à son élève celles qu’il possédait. Don Pedro était né avec des qualités heureuses, de l’esprit, de la mémoire, et une âme élevée. Si l’éducation avait développé ces germes précieux, si elle eût réprimé les défauts auxquels le jeune infant était enclin, si l’exemple du vice n’eût frappé ses premiers regards, si, par de graves études, on eût fixé son imagination mobile, et, disons-le, si, porté au timon des affaires, il eût été secondé avec plus de talent