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avec celles du siècle, ni avec les besoins nouveaux de la monarchie portugaise ; l’émancipation du Brésil, déjà accomplie depuis plusieurs années, lui semblait une sorte de rêve qui ne pouvait se réaliser ; il avait de l’intégrité, et fut entouré de fripons et de dilapidateurs ; il voulait faire le bien, et ne produisit guère que du mal. Thomas Antonio ne sut ni prévoir ni arrêter la révolution qui bientôt éclata en Portugal, et il lui laissa envahir, presque avec la rapidité de l’éclair, toutes les provinces du Brésil.

A cette époque, les habitans de ce pays se croyaient obligés d’avoir pour le souverain qu’ils tenaient de la Providence, ce respect mêlé d’idolâtrie dont on ne trouve presque plus de trace chez les Européens ; et Jean VI s’était particulièrement attiré l’amour de ses peuples par la bonté de son naturel, par cette affabilité qui contrastait avec la morgue des anciens gouverneurs, et même par cette espèce de commérage qu’il mêlait à sa familiarité. En abandonnant la métropole à quelques chances, en restant au milieu des Brésiliens qui l’adoraient, en faisant disparaître jusqu’aux derniers vestiges du système colonial ; enfin en constituant un empire brésilien, Jean VI eût pu sauver la plus belle partie de la monarchie portugaise. Mais, pour parvenir à de telles fins, il eût fallu plus d’énergie, plus de connaissances des hommes et des choses que n’en avait le fils ignorant et débonnaire du roi don Joseph. Il fut la dupe d’une coupable intrigue.

La révolution du Portugal avait été l’ouvrage de quelques hommes éclairés ; mais la masse de la nation n’en pouvait concevoir ni le but ni les principes. Comme le roi était aimé des Portugais, on sentit qu’en le rattachant aux changemens qui venaient de s’opérer, on les rendrait moins impopulaires, et l’on résolut de faire des efforts pour ramener la cour au sein de la mère-patrie. Jean VI aimait le Brésil ; la servilité familière des habitans de ce pays lui faisait goûter le plaisir de la souveraineté sans lui en laisser les ennuis ; et, il faut le dire, la crainte de passer les mers l’attachait encore au continent américain. Il était nécessaire de lui cacher avec