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laient par là nous témoigner leurs intentions pacifiques. Pour fixer mes doutes, j’expédiai le grand canot, sous les ordres de M. Guilbert, vers le bord du récif, avec pavillon blanc en tête de mât. Le canot était bien armé ; mais M. Guilbert avait l’ordre de ne tirer qu’un coup d’espingole en se retirant, si sa démarche était inutile, et seulement pour essayer la portée de nos armes. Il lui était aussi recommandé de sonder l’approche du récif.

Au lieu des simples palissades de bambous qui l’entouraient de toutes parts, le village de Mafanga présentait maintenant une suite de remparts en sable très-bien entendus, et qui suffisaient pour amortir l’effet de notre artillerie. Tout alentour et au pied de ces remparts régnait un fossé de quatre ou cinq pieds de profondeur, où se tenaient plusieurs centaines de guerriers tout-à-fait à l’abri de nos boulets. L’entrée principale du village, au milieu de laquelle s’élevait un immense figuier, était restée libre ; mais un fossé profond avait aussi été creusé autour de l’arbre, et contenait une troupe considérable d’hommes armés. Une espèce de bastion se trouvait immédiatement à gauche de cette entrée, et nos lunettes nous firent bientôt découvrir que quatre ou cinq de nos hommes étaient renfermés dans son enceinte.

Comme le canot approchait de terre, Martineng fut relâché par les naturels, s’avança au bord de la mer, et entra même dans l’eau jusqu’à une certaine distance ; puis il cria au canot que les naturels étaient disposés à rendre les prisonniers, mais qu’il fallait pour cela que l’officier descendît à terre sans armes, et accompagné seulement de un ou deux hommes, pour terminer cette affaire avec les chefs. Déjà M. Guilbert s’apprêtait à souscrire à cette condition, et se préparait à descendre sur le récif, quand un coup de fusil partit du rempart à droite de l’arbre, et une balle vint percer de part en part les deux bords du canot, en passant, pour ainsi dire, entre les jambes des matelots. Ce trait de perfidie me dévoila les intentions des sauvages, et je hêlai à M. Guilbert de s’éloigner. Comme il exécutait cet ordre, un second