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littérature.

VI.
La Media luna.

Le soleil était couché.

Bien que blessé cinq fois par les lances des picadors, et le cou tout hérissé de banderillas que, dans sa douleur, il secouait, comme une crinière, en mugissant, le taureau n’était pas encore vaincu.

L’obscurité augmentait ; il devenait difficile et dangereux d’attaquer le taureau avec l’épée ; on ne voyait plus assez clair pour placer l’estocade.

Un chulo entra dans l’arène avec la media luna. C’est une longue perche, terminée par un croissant de fer tranchant et bien affilé.

Pendant que les capeadors occupaient le taureau, en faisant flotter devant lui leurs manteaux, le chulo s’approcha de lui doucement, par derrière, et avec la media luna, lui coupa traîtreusement l’un des jarrets.

Le pauvre taureau tomba, puis se releva. Il ne se soutenait plus que sur trois jambes ; la quatrième ne tenait guère à la cuisse que d’un côté, par la peau ; il sautait ainsi plutôt qu’il ne marchait.

Il se défendit encore vaillamment quelques instants.

Tous les capeadors tournaient en roue autour de lui, traînant à terre leurs manteaux pour achever de l’étourdir et le renverser.

Enfin il s’agenouilla.

Un des matadors avait présenté au taureau la muleta , sur laquelle celui-ci tenait les yeux attachés[1]. Alors s’approcha

  1. C’est le torero qui achève d’ordinaire le taureau avec le cachète, sorte de poignard qu’il lui enfonce dans la tète.