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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/307

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une course de taureau.

IV.
Les Chiens.

Trois taureaux étaient entrés dans l’arène et en avaient été successivement enlevés, après avoir tué plus ou moins vaillamment sept chevaux, et s’être fait tuer eux-mêmes le tout à travers mille chances diverses pour les picadors, les chulos et les espadas, après l’alternative habituelle des cris et du silence, après d’effrénés applaudissemens et de tumultueuses injures jetés soit aux taureaux, soit aux toreros.

Le sixième taureau, un taureau navarrois, avait été introduit dans l’arène quelques instans avant que j’eusse repris ma place ; mais des huées et des sifflemens universels le poursuivaient de toutes les parties du cirque.

C’est que non-seulement il reculait devant les picadors sans vouloir affronter un seul coup de lance, mais il n’y avait pas un chulo de la place qui ne le mît en fuite de la voix ou du geste, et ne le couvrît d’affronts, soit en le tirant par la queue, soit en sautant et gambadant devant lui, et même par-dessus ses cornes.

Ce pauvre taureau, n’ayant nulle humeur guerrière, ne cherchait en aucune façon à tirer vengeance de ces injures ; son unique soin paraissait être de faire courir à sa suite tous les chulos de la place.

Le peuple, les yeux tournés vers la loge du roi, demandait les chiens à grands cris.

Le roi se toucha l’oreille avec la main. C’est un geste expressif qui signifie que les chiens sont accordés.

Des applaudissemens de joie et de reconnaissance éclatèrent de tous côtés.