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une course de taureaux.

mère sans doute, — ou de maîtresse ; — un profond silence avait succédé.

Toute la foule des spectateurs s’était levée d’un seul mouvement ; partout on était monté sur les bancs ; on regardait avec une affreuse curiosité.

Le taureau ne s’était pas éloigné ; il n’avait pas encore abandonné sa victime. Lorsqu’il vit Montès à terre, il le flaira ; et, ne le sentant pas mort, il recula de quelques pas, puis revint, le prit sur ses cornes, et le fit sauter cinq ou six fois en l’air.

Tous les toreros s’étaient rangés autour d’eux, faisant mille efforts désespérés pour sauver ce qui restait de leur camarade, pour sauver ce qui ne semblait plus qu’un misérable débris d’homme.

Enfin, le taureau, distrait et ébloui par la vue du manteau écarlate d’un des capeadors, et s’attachant à ce nouvel adversaire, courut vers l’autre côté de l’arène, laissant le pauvre Montès étendu à terre, sans mouvement, les habits déchirés et en lambeaux, tout souillé de poussière et de sang.

On l’avait emporté hors du cirque ; il était tenu pour mort par chacun. Cependant, sur tous ces visages contractés par une violente excitation nerveuse, je ne sais si l’on eût pu lire une seule émotion intime, un seul sentiment de vraie pitié. — Pas une de ces larmes qui rafraîchissent l’âme ne tombait de ces yeux fixes et ardens. —

Pour moi, j’étais tout tremblant ; mon cœur battait fortement.

L’habitude me manquait, il est vrai, l’habitude, qui émousse et tue toute sensation. J’avais besoin de me former.

— Oh ! je devais sembler bien étrange !


Pour mieux voir, Pepita était montée sur notre banquette ; comme elle, comme nos voisins, j’y étais aussi monté.