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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/290

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imposant et sublime des cérémonies religieuses dans le temple le plus rapproché du séjour du Seigneur, que les hommes lui aient jamais élevé. Cette tâche facile pour le génie, et que je tenterais en vain, a été remplie plusieurs fois. Je ne mettrai point mes inspirations à la place de celles des muses chrétiennes, à qui il a été donné de célébrer les merveilles de la religion en termes si magnifiques, et je me contenterai de me prosterner derrière elles, « au bruit des concerts de » l’autel qui dans les hautes régions où ils sont formés, semblent partir du premier degré de cette échelle harmonieuse des vierges, des confesseurs et des anges, qui aboutit à travers toutes les profondeurs du ciel au pied du Saint des saints. »

J’ai quitté mes hôtes le 20 août après l’office. La nuit avait été froide et orageuse, et trois pieds de neige me cachaient la trace du chemin. Au bas du Prou, ce n’était plus qu’un givre fondu et grisâtre qui paraissait à peine sur la vallée comme une couche de sable, c’était de la pluie au bourg Saint-Pierre. A Liddes, le ciel s’éclaircissait, le soleil brillait entre quelques nues paresseuses qui gagnaient lentement l’horizon ; les plantes, courbées sous des gouttes pesantes, témoignaient seules qu’il avait plu. Près d’Orsière, on voyait les paysans descendre chargés de leurs faux dans la profonde vallée de la Drance pour y reprendre le travail de la saison. Les vignobles qui revêtent le pied de la montagne après LaValette montraient les plus riches apparences. Quelques raisins mieux exposés que les autres commençaient avarier. On moissonnait dans la plaine. La nature se jouait ainsi à faire tourner devant moi le mobile miroir à quatre facettes, où se peignent ses quatre saisons, et à me prodiguer dans un jour toutes les sensations d’une année, trop rapide sans doute, mais la plus délicieuse de ma vie. Ma femme et ma fille étaient avec moi.


CH. NODIER.