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aussi fidèle au souvenir des noms qu’à celui des procédés. L’état qu’ils exercent est une spéculation en tout pays ; mais sur les montagnes et dans les déserts, il acquiert quelque chose de religieux. Les sollicitudes de l’hospitalité sont des bienfaits qu’on n’acquitte pas avec la carte. J’ai trouvé ces soins délicats, ces attentions affectueuses, qui sont mieux que de la politesse, qui sont presque de l’amitié, à tous les points limitrophes de la civilisation où les orages de ma vie m’ont poussé, et je ne vis nu le part avec plus de charme par le souvenir, que dans la hutte du Morlaque, la baraque enfumée du Calédonien, ou le chalet pastoral des Alpes helvétiques.

Liddes ne manque pas de l’album obligé où la vanité aime à consigner des noms et des titres qu’elle prend pour des faits importans, des dates qu’elle prend pour des époques, des phrases qu’elle prend pour des pensées, habitude qui n’était que niaise, et dont la police méticuleuse et tracassière de la Sainte-Alliance a fait une obligation dérisoire. Liddes a vu les Alpes revomir sur la France ces légions de héros transfuges qui venaient d’essayer de l’autre côté des monarchies républicaines ou des républiques impériales. Un sentiment spontané, qui m’intéresse à la cause de tous les proscrits, me faisait chercher avec impatience dans ce livre, au moins une fois monumental, l’expression de leur désespoir ou de leur résignation. Hélas! qu’elles sont à plaindre ces républiques si solennellement promises, si ardemment désirées par les nouvelles générations, si l’avenir ne leur réserve pas d’autres Aratus et d’autres Philopœmens ! Rien de plus cruel pour un cœur qui n’a pas renoncé à toutes les illusions, et qui ne demande qu’à compatir avec tendresse à des erreurs, à des fautes généreuses ; rien de plus fait pour tirer l’âme de ses derniers songes, et pour lier les ailes à ses dernières espérances, que de trouver là, au lieu de l’expression fière et touchante d’une noble infortune, le sceau d’une rage brutale et d’un cynisme grossier. Il y a quelque chose de plus déplorable que le malheur dans l’homme dont le malheur