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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/28

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mettais mon assistance pour écraser Tahofa et délivrer leur île de ce chef turbulent.

J’appris que les naturels tremblaient surtout que je ne dirigeasse mes efforts sur Mafanga, et que je ne vinsse à profaner ce sanctuaire de leur île. Singleton me fit observer qu’en un pareil cas la population toute entière se lèverait pour voler à la défense de Mafanga ; qu’en ce moment plus de deux mille guerriers se trouvaient déjà rassemblés dans son enceinte, et qu’il en arrivait à chaque instant de toutes les parties de Tonga-Tabou.

Je répondis à Singleton que j’allais pourtant être réduit à prendre ce parti, attendu que je ne pouvais songer à aller attaquer Tahofa dans sa résidence à Bea ; que j’allais m’embosser devant Mafanga pour canonner cette place, et que je ne la quitterais qu’après l’avoir complètement ruinée. J’ajoutai que j’avais à bord six mille livres de poudre et quinze mille boulets ; que quand tout cela serait consommé, j’irais sur la côte du Pérou, où les Français ont une division navale, et que je ramènerais avec moi deux frégates pour exterminer tous les habitans de Tonga. En même temps, comme je ne pouvais m’empêcher de conserver des doutes sur la sincérité des sentimens de Singleton, et que je pouvais le considérer comme un espion des insulaires, envoyé pour examiner mes moyens de défense, je lui fis voir en détail tous mes préparatifs de combat, et je lui déclarai que dès le jour suivant, si je n’avais point reçu tous les prisonniers sans exception, la corvette serait devant Mafanga, et que la canonnade commencerait.

Singleton me pria instamment de suspendre au moins les hostilités pour la journée, affirmant qu’il allait faire en sorte de déterminer les naturels à me renvoyer tous les captifs, et qu’il allait surtout user de son influence sur Palou et Toubo pour vaincre l’opiniâtreté de Tahofa. Je lui donnai ma parole qu’aucun acte de violence ne serait commis de mon côté ; que je ne m’étais porté à ceux qui avaient eu lieu qu’avec une extrême répugnance, et parce que c’était l’unique moyen d’a-