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dans sa molle méditation. D’ailleurs à cette même époque la Grèce criait aussi liberté ! liberté ! la Grèce, les mains meurtries, le sein nu, haletante et pauvre. L’Europe n’avait pas encore fixé les yeux sur elle ; Londres et Paris n’avaient pas encore entonné toute leur nauséabonde poésie en faveur de la pauvre Athènes ; les premiers défenseurs de la Grèce s’y rendirent incognito, tout seuls, sans point d’appui derrière eux ; donnant l’exemple à lord Byron, qui l’a glorieusement suivi, mais qui dormait alors à Venise, dans les bras de la Fornarina, ou sur votre sein, à vous, aimable comtesse Guccioli ! Un des premiers qui vit la Grèce en armes, qui se précipita au milieu de l’insurrection grecque, fut Rienzi. Il fut d’abord colonel, puis général (stratarque), il commanda l’artillerie à Athènes en 1822 ; il fut un des fondateurs de cette guerre que les Français venus après trouvèrent en toute activité ; il arriva le premier à ce travail dont il n’a pas touché l’obole ; il supporta tous les feux du jour, il fut le second du général Goura dans la défense d’Athènes contre les Osmanlis. Aujourd’hui le capitaine français Rienzi, le colonel colombien Rienzi, le général grec Rienzi, aurait un nom tout grec, une renommée toute grecque, s’il fût venu plus tard en Grèce, quand on regardait en France ce qui se passait dans la Grèce, quand on pleurait à ses défaites, quand on battait des mains à ses triomphes, quand on portait le deuil de Byron, quand on accompagnait le colonel Fabvier jusqu’aux portes de Paris.

A Marathon, M. de Rienzi fut blessé grièvement. C’étaient là de rudes périls, de dangereux combats! Il quitta la Grèce affaibli et malade ; le voyage le reprit comme une fièvre un instant suspendue. Des États-Unis, de l’Afrique, de l’Asie Mineure, de Rome, la ville toujours éternelle, de Paris, la ville plus qu’éternelle, voilà le voyageur qui traverse Smyrne, Éphèse, Chio, Naxos, les îles glissantes de l’Archipel, riantes sœurs qui se donnent la main sous ce beau ciel. Puis, de la Grèce le voilà en Égypte : alors Méhemet-Ali avait pour chefs de ses armées un général français, les lieutenans français, de vieux débris de l’empire renversé qui faisaient