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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/244

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plus d’Orient soumis, plus de despotisme poétique comme à Constantinople, plus rien de tout cela en Amérique. Les Etats-Unis, mornes, corrects, marchands, gouvernés à bon marché, industriels et positifs avant tout ; Haïti, la Colombie, le Mexique, l’isthme de Panama ; tout cela positif, calculateur, tout neuf, plein de révolutions neuves et de préjugés gothiques, de vertus et de vices, cherchant l’utile avant tout, ne songeant pas à l’art, destiné à n’y pas songer, ne comprenant pas qu’un homme voyage pour le voyage, pas plus qu’il ne comprend qu’un homme écrive un poème épique, poussé par la seule passion poétique. Dans des régions ainsi faites et qui veulent savoir la valeur réelle d’un homme, M. de Rienzi fut forcé d’être quelque chose. On le fit colonel de huzards au service de la Colombie et aide-de-camp du général en chef.

Le soldat de Bonaparte rédigea le traité en faveur des Parganiotes, qui voulaient établir une république au milieu de toutes ces républiques. Bonaparte a fait de singuliers élèves. Il a élevé au sein du despotisme tous les hommes qui, depuis, ont défendu ou fondé la liberté dans toute l’Europe. Nous avons vu M. de Rienzi, capitaine français, vivre dans les huttes des sauvages ; jeter, en faveur des débris de Parga, les bases d’une république de plus dans cette terre de républiques ; en 1821 nous le retrouvons à Rome, cette ville toute Rienzi alors, où il préparait il buon stato. 1821 fut une année de soulèvemens et de luttes, on y parla de la liberté bien haut, mais ce ne fut qu’un vain bruit bientôt étouffé dans cette ville sans écho pour ce grand nom de liberté ! Liberté ! c’est un mot que n’entend pas la ville artiste. La liberté moderne, c’est quelque chose qui fait peur aux temples, aux belles ruines, aux vieux trônes, au paisible Vatican, aux chefs-d’œuvre, aux statues, aux tableaux de Raphaël, aux vases Médicis, aux villas ; à tous les enchantemens du ciel italien, de la terre italienne, des nuits et des jours de l’Italie. Liberté, c’est un mot qui empêche le sommeil, qui dérange l’improvisateur, qui arrête le voyageur curieux, qui trouble le prêtre