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REVUE. — CHRONIQUE.

Que c’est un luxe vain qu’il vaut mieux étouffer,
Quand on n’a pas trop d’or pour acheter du fer
Sous chacun de ses rois, si j’ai bonne mémoire,
Le vieil état français croissait en territoire ;
Au patrimoine ancien que se léguaient ses rois
Ils ajoutaient encor : Philippe de Valois
Après le Dauphiné conquérait la Champagne ;
Philippe-Auguste au loin rejetant la Bretagne,
Prenait la Normandie et le Maine et l’Anjou ;
Avec les clefs de Tours il ouvrait le Poitou ;
Par un traité Louis neuf ajoutait à la France
Le Languedoc… Vous-même aviez sur la Provence
Des droits, comme beau-fils de Louis-d’Anjou.


LE ROI.

Des droits, comme beau-fils de Louis-d’Anjou. Pardieu !
Si je m’en souviens bien à mon tour, c’est de Dieu
Que je tiens cet état de France, seigneur comte :
Ce n’est donc qu’à Dieu seul que j’en dois rendre compte ;
Et, s’il me plaît d’en faire un entier abandon,
Nul ne me jugera que Dieu.


LE COMTE.

Nul ne me jugera que Dieu. Je disais donc
Que de la France, ainsi que l’ont faite ses princes,
Il ne vous reste plus, sire, que trois provinces…
L’Anglais victorieux à grands pas envahit ;
Jean six, son allié, vous leurre et vous trahit ;
Philippe de Bourgogne à belles dents dévore
Vos comtés d’Armagnac, de Foix et de Bigorre…
Sire, à l’entour de vous ne les voyez-vous pas,
Pour vous envelopper, s’avancer pas à pas ?
Dans un réseau vivant vos troupes enfermées
Ne peuvent soutenir le choc de trois armées :
En vain Poton, Xaintraille et Narbonne et Dunois
Frappent sans se lasser, comme dans un tournois :
Attaquant sans projets, reculant sans ensemble,
Un jour disperse ceux qu’à peine un mois rassemble ;
Ils ont le bras qui frappe et le cœur qui résout,
Mais il manque le chef, âme et centre de tout…
Sire, sur votre nom ce serait une honte
Que de tarder encore à les rejoindre !…