Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/227

Cette page a été validée par deux contributeurs.
217
RÉVOLUTIONS DE LA QUINZAINE.

de L. Les vers sont harmonieux, et tombent élégamment en stances régulières ; ils ont peu de sens, à vrai dire, mais ils sont doux à l’oreille : tout Paris s’y trompe. Les journaux ministériels et autres copient ces vers dans le Journal des Débats ; et au lieu de la signature A. de L., ils mettent en toutes lettres : Alphonse de Lamartine. Là-dessus, grande joie pour les amis de M. de Chateaubriand. L’antipathie de M. de Chateaubriand et de M. de Lamartine a donc cessé ! Voilà donc le poète qui revient inopinément au chantre des Martyrs ! Voilà donc M. de Lamartine qui pousse M. de Chateaubriand à ne pas rester plus long-temps dans cette gothique fidélité que Béranger a désapprouvée le premier ! Vous voyez d’ici les conjectures et le triomphe ! Justement M. de Chateaubriand arrivait à Paris ; justement il revenait de cet exil volontaire qui n’avait servi à personne, et que le volage Parisien avait déjà oublié tout-à-fait ! Il était impossible de publier des vers plus à propos. Trois jours après, la chance tourne : le poète de province réclame dans son journal de province ; et au lieu du beau nom de Lamartine, si couvert à juste titre de respect et de gloire, on voit apparaître le nom, très-peu estimé, d’une espèce d’aventurier, que de nombreux emprunts, pour ne pas nous servir d’un autre terme plus vrai, ont forcé de quitter Paris. M. Antoine de Loy remplace donc M. de Lamartine. Grande rumeur ! Puis, pour comble de chagrins, voilà M. de Lamartine qui réclame à son tour ; sa lettre est un modèle de méchanceté cruelle. Cela apprendra une autre fois à nos connaisseurs à mieux se connaître en poésies, et ne pas voir M. de Lamartine à chaque mélodie imitée et bâtarde ; à ne pas changer en de grands noms de fort modestes initiales. Quelle bévue étrange ! Deux noms compromis : M. de Lamartine et M. de Chateaubriand ; deux grands noms ! et tout cela parce que les journaux de Paris ont voulu être plus instruits que le Journal des Débats !

Or, M. de Lamartine était si loin d’adresser à M. de Chateaubriand des vers de félicitation sur son retour, que lui, de Lamartine, fatigué de n’être pas nommé député, et de trouver tant d’ingratitude dans ce peuple qu’il a charmé, s’en va partir pour l’Orient, se fiant à la science et à l’éclatante lumière des déserts, pour charmer les ennuis de la politique. Seulement, avant de partir, M. de Lamartine a voulu faire sa profession de foi en prose : le poète a fait une brochure politique qui est sous presse, et qui paraîtra dans peu de jours chez le libraire Gosselin. Nous nous sommes informés