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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/216

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Un Pressentiment.


C’était la femme de son oncle, c’était une tante de seize ans ; et, malheureusement, il aimait son oncle comme on aime un père.

Il avait dix-sept ans, lui, et malheureusement encore il aimait sa jeune tante comme on aime une sœur chérie ; car, vraiment, il y avait quelque chose de l’enfance dans leur affection ; ils se cherchaient, puis se prenaient la main, se regardaient d’un long regard en souriant ; et, pressant leurs mains, l’un disait à l’autre : M’aimes-tu ?....

Puis, il arriva qu’ils se dirent moins souvent : Oh ! oui, je t’aime. Alors leur long regard et leur sourire furent empreints de quelque chose de mélancolique.

Il se destinait à l’École Polytechnique. Souvent les yeux fixés sur son livre d’algèbre, il en tournait plusieurs feuilles ; et, après, il revenait au milieu du premier feuillet, parce que là une image était venue devant ses yeux, parce que, là, une vision l’avait possédé tout entier.

Quelquefois une jeune femme s’était glissée près de lui, gracieuse et légère ; elle avait écrit un mot sur l’un des cahiers épars autour de lui ; puis, elle avait disparu comme une ombre : elle n’aurait pas osé troubler une étude savante, un travail si profond.

Et le jeune homme avait entendu dans son rêve un frôlement rapide, un bruit faible comme le battement d’aile d’un oiseau qui s’envole. Un souffle, une douce haleine