Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/214

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de ma tabatière, qui ne fut pas terni par la moindre vapeur ; alors je fermai les yeux du mort et je pris mon chapeau.

CHAPITRE XII.

Une distraction.

Voilà une horrible fin, dit Stello, relevant son front de l’oreiller qui le soutenait, et regardant le docteur avec des yeux troublés... Où donc étaient ses parens ?

— Ils labouraient leur champ, et j’en fus charmé... Près du lit de mes mourans les parens m’ont toujours importuné.

— Eh ! pourquoi cela, dit Stello ?...

— Quand une maladie devient un peu longue, les parens jouent le plus médiocre rôle qui se puisse voir. Pendant les huit premiers jours, sentant la mort qui vient, ils pleurent et se tordent les bras ; les huit jours suivans, ils s’habituent à la mort de l’homme, calculent ses suites, et spéculent sur elle ; les huit jours qui suivent, ils se disent à l’oreille : Les veilles nous tuent, on prolonge ses souffrances, il serait plus heureux pour tout le monde que cela finit. Et s’il reste encore quelques jours après, on me regarde de travers. Ma foi, j’aime mieux les garde-malades, elles tâtent bien à la dérobée les draps du lit, mais elles ne parlent pas.

— O noir Docteur ! soupira Stello, d’une vérité toujours inexorable !...

— D’ailleurs, Gilbert avait maudit avec justice son père et sa mère, d’abord pour lui avoir donné naissance, ensuite pour lui avoir appris à lire.

— Hélas ! oui, dit Stello, il a écrit ceci :

 « Malheur à ceux dont je suis né............... »