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Cannac ne se le fit pas répéter deux fois, et courut avec M. Duclemaine vers le grand canot. Ce trait d’humanité de la part de Tahofa, dans un pareil moment, me frappa singulièrement. J’en conçus de l’espoir pour nos prisonniers, attendu que si Tahofa avait eu l’intention de les maltraiter ou de les faire périr, il n’aurait pas, de son plein gré, relâché l’un d’eux au moment même où il était poursuivi de si près par nos gens. Les Français qui restaient entre les mains des naturels étaient M. Faraguet et les matelots Bellanger, Grasse, Bouroul, Reboul, Fabry, Martineng et Della-Maria. Je prévis que ce serait une chose fort difficile que de les arracher aux mains d’une population de douze ou quinze milles âmes, dont les guerriers étaient courageux, entreprenans, et habitués depuis long-temps aux effets des armes à feu. Plusieurs d’entre eux savaient même manier ces armes avec adresse, et l’on comptait une soixantaine de mousquets dans l’île.

Le grand canot rentra à bord à trois heures et demie, après avoir brûlé les habitations des insulaires sur Pangaï-Modou et Manima. Aucun naturel n’était resté sur ces îles, et nos matelots n’avaient éprouvé aucune résistance. Au retour du canot seulement, nous découvrîmes que le matelot Simonnet avait déserté pour passer chez les sauvages ; et il avait dû le faire peu de temps avant le départ de Tahofa, car plusieurs personnes assurèrent l’avoir vu le long du bord, dans la yole, au moment même où elle fut expédiée au sable.

Quelques-uns de nos hommes crurent l’avoir reconnu à terre, couchant en joue ses propres compatriotes. Ce qu’il y a de positif, c’est que M. Dudemaine, au moment de son entrevue avec Tahofa, vit Simonnet au milieu des naturels, armé d’un fusil, et tout habillé, tandis que tous les autres captifs avaient été dépouillés, circonstance qui prouvait sa connivence avec les sauvages. On trouva d’ailleurs son sac derrière un coffre, et prêt à être emporté. Probablement cet homme comptait déserter dans la soirée, et notre subit appareillage l’avait décidé à hâter son évasion.

Jugeant qu’il fallait sans tarder frapper de nouveaux coups