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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/20

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Au retour de la baleinière, j’appris avec un vrai plaisir que M. Gressien avait réussi à délivrer de captivité MM. Dudemaine, Jacon et Cannac. Le premier, après avoir passé la nuit chez son ami Moe-Agui, qui l’avait bien accueilli, s’en revenait avec lui vers la corvette, quand ils rencontrèrent les naturels, qui fuyaient la poursuite du grand canot. Sur-le-champ Moe-Agui arracha des mains de M. Dudemaine son fusil de chasse, mais lui laissa ses habits, et lui promit même de le protéger contre ceux qui voudraient lui faire du mal. Du reste, il refusa de le laisser revenir à bord, et voulut le ramener chez lui, assurant que le navire avait été pris, et que j’avais été tué. En ce moment même, Tahofa passait près d’eux, et M. Dudemaine courut à lui pour réclamer son assistance et obtenir sa liberté ; le chef, furieux, ne lui fit pas d’autre réponse que de lui lancer un vigoureux coup de poing. Mais le canot approchait ; les insulaires, intimidés, se dispersèrent, et M. Dudemaine, ayant réussi à leur échapper, put rallier nos gens et se joindre à eux pour courir après les fuyards.

Au moment même de l’enlèvement du canot, Jacon avait voulu se cacher dans les broussailles ; mais les naturels l’ayant découvert, le firent rallier, le dépouillèrent complètement, et le contraignirent à les suivre, à force de coups et de menaces ; toutefois il ne cheminait que le plus lentement qu’il lui était possible, et il était resté à la queue des fuyards ; ceux-ci, craignant d’être coupés par le canot, abandonnèrent leur proie, et Jacon recouvra sa liberté.

Quant au petit Cannac, jeune homme d’une excellente conduite, et pour lequel j’avais une estime et une affection particulière, il avait été l’un des premiers enlevés. Dépouillé comme les autres de ses vêtemens, il suivait aussi par force les naturels dans leur retraite précipitée. En apercevant M. Dudemaine, il fondit en larmes, et se jeta aux pieds des naturels pour les attendrir. Il paraît qu’en ce moment Tahofa en eut pitié, et, le regardant sans doute comme un enfant, il le renvoya après lui avoir fait jeter une chemise.