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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/196

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CHAPITRE VII.

Un Credo.

— Où étiez-vous, dit Stello, tournant la tête péniblement, et il la laissa retomber avec pesanteur un instant après.

— Près du lit d’un poète mourant, répondit le Docteur noir avec une impassibilité effrayante. Mais avant de continuer, je dois vous adresser une seule question : Êtes-vous poète ? Examinez-vous bien, et dites-moi si vous vous sentez intérieurement poète.

Stello poussa un profond soupir, et répondit, après un moment de recueillement, sur le ton monotone d’une prière du soir, demeurant le front appuyé sur un oreiller, comme s’il eût voulu y ensevelir sa tête entière.

— Je crois en moi, parce que je sens au fond de mon cœur une puissance secrète invisible et indéfinissable, toute pareille à un pressentiment de l’avenir et à une révélation des causes mystérieuses du temps présent. Je crois en moi, parce qu’il n’est dans la nature aucune beauté, aucune grandeur, aucune harmonie qui ne me cause un frisson prophétique, qui ne porte l’émotion profonde dans mes entrailles, et ne gonfle mes paupières par des larmes toutes divines et inexplicables. Je crois fermement en une vocation ineffable qui m’est donnée, et j’y crois, à cause de la pitié sans bornes que m’inspirent les hommes, mes compagnons en misère, et aussi à cause du désir que je me sens de leur tendre la main et de les élever sans cesse par des paroles de commisération et d’amour. Comme une lampe toujours allumée ne jette qu’une flamme très-incertaine et vacillante lorsque l’huile qui l’anime cesse de se répandre dans ses veines avec abondance, et puis lance jusqu’au faîte du temple des éclairs, des splen-