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territoire ; enfin, la populace qu’il nourrit par ses aumônes est prête à son moindre signe, et il peut à sa convenance, où et quand il lui plaît, opérer une insurrection. En un mot, le clergé est partout, présent, partout puissant en Espagne. Maître souverain du pouvoir, il est toujours sur ses gardes. Si Ferdinand, au lieu d’être le plus faible, le plus méchant, le plus faux des despotes, possédait l’intrépidité d’Adrien, la vertu de Trajan, l’humanité bienveillante d’Antonin ; s’il joignait à tout cela la sagacité politique de Machiavel, il ne pourrait encore rien pour son infortuné pays, tant que le clergé y exercerait sa contagieuse influence. Le premier pas de la réforme devrait donc être l’abolition radicale de tous les établissemens du clergé, et la confiscation de tous les biens acquis à force d’usurpation, conservés à force d’iniquités.


VII. — ADMINISTRATION DE LA JUSTICE.

Les lois de l’Espagne se trouvent dans les codes connus sous les titres de Fuero Juzgo, Ley de las siete Partidas, Ordenamente real, Fuero real, et Novissima recopilacion.

Le Fuero Juzgo est principalement un abrégé du code théodosien, publié originairement par Alaric, successeur du Goth Euric, l’un des conquérans de l’Espagne, auquel on ajouta les nouvelles lois. Le Ordenamiento real contient le code de lois établies par les souverains catholiques, Ferdinand et Isabelle de Castille. Le Ley de las seiete Partidas est un composé de lois gothiques, romaines et canoniques. Le Fuero real, qui est un mélange de lois gothiques et romaines, contient le code qui fut compilé à Huesca en 1248, pour l’usage du royaume d’Aragon. Le Novissima recopilacion est une collection de divers édits des rois d’Espagne, qui jouit de la plus haute autorité. Les lois romaines n’ont point de crédit en Espagne ; elles peuvent bien être étudiées par les jurisconsultes comme contenant les vrais principes de la science, mais elles ne sont jamais citées comme autorité ; elles