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cette inquiète curiosité qui porte l’homme à la recherche des vérités défendues ; et, il faut en convenir, elle y a réussi. En Espagne, les talens et le savoir ne conduisent à rien. Le succès dépend, non des services qu’un homme rend au pays, mais de ceux qu’il peut rendre au gouvernement, dont les intérêts sont tout-à-fait spéciaux. Si quelque protection est accordée à un genre particulier de talent dont le besoin est immédiat, cette protection est strictement bornée aux individus. Les classes auxquelles ils appartiennent, sont repoussées dans l’oubli. Le désir de paraître le protecteur des sciences, alors même qu’il ne s’occupe qu’à les rabaisser, a conduit le gouvernement à établir à Madrid quelques écoles d’enseignement mutuel où le peuple apprend à lire presque aussi généralement qu’en d’autres pays. Mais on ne lui laisse lire que ce qui convient aux vues du pouvoir ; et cette sorte d’instruction atteint le grand but, celui d’écarter toute discussion libre et tout accès jusqu’aux sciences vraiment utiles.

L’éducation en Espagne est presque entièrement grammaticale et littéraire, et elle est aussi imparfaite que bornée. Il y a quelque temps, les dominicains reçurent l’ordre d’apprendre le grec, et il ne se trouva personne capable de le leur enseigner. Le docteur Faure affirme que hors des bibliothèques publiques, il existe à peine, pour l’usage des jeunes gens, douze exemplaires d’Homère dans tout Madrid.

Les jésuites passent pour enseigner le grec et l’hébreu à Saint-Isidore ; mais ces prétendus professeurs sont tout-à-fait au-dessous d’une pareille tâche. Les riches Espagnols n’apprennent presque jamais de langues étrangères ; et quoique voisins de la France, ils sont en général moins versés dans la langue de ce pays que ne le sont les Suédois, les Polonais et les Russes.

La géographie n’est connue que de leurs navigateurs ; quant aux autres, ils croient seulement que la France est située derrière les Pyrénées ; et comme le vent du nord est d’autant plus froid en Espagne qu’il passe sur les montagnes habituellement couvertes de neige, ils croient que la France, et