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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/169

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système social en opposition à tous les principes essentiels au bien-être el au progrès de l’humanité, ont fini par corrompre les sentimens, par enchaîner dans ce malheureux pays les intelligences aussi bien que les consciences des personnes.


V. — ÉTAT DES SCIENCES ET DES CONNAISSANCES GÉNÉRALES.

Que, dans un pays où l’agriculture, le commerce et les arts utiles sont négligés, la science et la littérature ne se fussent pas ressentis de la décadence générale, ce serait une inexplicable anomalie. Mais l’Espagne est conséquente avec elle-même : dans tout le système politique, social et intellectuel de ce pays, règne l’harmonie ou plutôt l’uniformité la plus complète. C’est une stagnation universelle, une sorte de mer moite où tout ce qui a vie n’existe que parce que sa nature s’est identifiée avec l’élément morbide, où croupissent, pour ainsi dire, ces êtres dégradés. L’intelligence d’une nation, le mobile actif d’un bon gouvernement, ne peut se développer sous un gouvernement mauvais, qui regarde le savoir comme son plus mortel ennemi. Et d’après tout ce que nous avons pu connaître de l’Espagne, il n’y a pas de pays en Europe où la force de cette vérité soit plus profondément sentie. Aussi, les moyens les plus efficaces ont-ils été employés pour garantir le pouvoir absolu des dangers que lui feraient courir la pensée et le raisonnement. Voyez l’esclavage de la presse et les efforts de l’inquisition.

Toutefois, le maintien de la société exige une certaine instruction pour la conduite des affaires et le traitement des maladies ; mais c’est avec une répugnance manifeste que le gouvernement permet cette légère dose de savoir. En faisant cette concession à la nécessité, l’autorité prudente a eu du moins l’intention et l’espoir d’éviter, autant que possible, les inconvéniens attachés à la suite des études, et de resserrer dans les plus étroites limites