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et de matières premières, soie, laine, vins, huile, figues, amandes, sel, échangés contre des produits manufacturés au dehors. Quant au commerce intérieur, dont la circulation libre et rapide contribue tant au bien-être et à la richesse d’une nation, il est à peine dans une meilleure situation et n’offre aucun symptôme d’activité et de progrès. Les causes d’une si complète stagnation sont sans doute très-diverses ; mais les principales sont le défaut de communications, les risques et la cherté de tous les moyens de transport, le manque de routes vicinales entre les différentes provinces, la dégradation de celles (en fort petit nombre) qui existent aujourd’hui ; l’absence totale de canaux, si l’on en excepte la misérable et inutile rigole qui unit Saragosse et Tudela ; le manque d’uniformité de poids et mesures ; la folie des réglemens commerciaux qui semblent combinés en haine de tout trafic ; les exigences d’une police incertaine, oppressive, d’un despotisme inquiet et jaloux ; les impôts ruineux levés ad valorem, non pas une fois seulement, mais à chaque mutation successive, avant d’arriver au consommateur ; les vexations autorisées et systématiques de la police et des douaniers, dont l’innombrable essaim couvre le pays, et qui ne vivent pas de leur traitement comme on pourrait le croire, mais de leurs exactions toujours impunies ; et enfin, l’extension inouïe de la contrebande, sous un système de lois si iniques, si oppressives et si absurdes, qu’on les croirait créées dans l’unique but de l’encourager pour la ruine du négociant et du pays. Telles sont, en partie, les causes qui tuent le commerce intérieur ; tandis que les corsaires de l’Amérique du sud, mus par la cupidité autant que par la haine nationale, infestent les caps et les baies, et forcent le peu de cabotage possible à chercher un refuge sous un pavillon étranger. En un mot, le commerce, cette source immense d’aisance et de richesse, est devenu en Espagne un objet de mépris : l’orgueil et la pauvreté, le préjugé et l’ignorance, la paresse et la misère y règnent et s’y pavanent ; les influences contagieuses d’un mauvais gouvernement ; une religion pire encore, un