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3° l’agnacion de masculanidad, qui restreint la succession aux descendans mâles et femelles de la ligne masculine ; 4° la regulare, qui appelle à la fois à la succession les héritiers mâles et femelles au degré correspondant, de telle sorte que les fils viennent d’abord dans l’ordre de leur naissance, les filles ensuite ; puis les collatéraux mâles au degré le plus proche, les femmes au même degré, et ainsi de suite ; 5° le saltuario, qui se constitue en faveur de tout individu réunissant les qualités requises par le fondateur du majorât, sans exception de telle ou telle ligne de descendance. Nous n’entrerons pas dans de plus longs détails sur les limites des majorats, et sur leur transmission : qu’il nous suffise de rappeler qu’une propriété ainsi constituée ne peut être divisée, vendue, hypothéquée ou aliénée par le possesseur, ni en faveur de sa femme, ni en faveur des enfans qui ne sont pas appelés à la succession. C’est la substitution écossaise, mais soumise à des conditions plus absurdes encore, s’il est possible, et plus ruineuses pour les individus et pour le pays.

Les majorats sont nés, parmi les grandes familles, du désir de perpétuer leurs noms et de conserver dans la race une fortune proportionnée à sa dignité. Cet exemple, suivi par le reste de la noblesse, devint contagieux pour les classes moyennes, qui n’avaient aucune dignité héréditaire à soutenir, et favorisa une absurde et ridicule vanité, aux dépens de la justice, de la nature et du bon sens.

Les maux produits parles majorats sont tels qu’il importe peu d’arrêter leurs progrès, si l’on ne parvient à les détruire. Les familles en faveur desquelles ce privilège fut primitivement établi, en ressentent aujourd’hui les pernicieux effets : au lieu de perpétuer les grandes maisons, comme on le désirait, ce malheureux système a puissamment contribué à leur extinction. S’il arrive, en effet, qu’un degré ou une génération manque d’héritiers mâles, la propriété de famille passe par les femmes à des étrangers, tandis que les lignes collatérales restent dans leur indigence, ou s’éteignent dans l’oubli.