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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/15

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le parti de dissimuler, et je bornai mes mesures à abréger autant que possible la relâche, afin de diminuer les chances de la désertion.

Certainement, si mon but eût été d’imiter simplement la marche de quelques-uns de mes devanciers, en parcourant des mers ouvertes et en évitant l’approche des terres, je n’eusse pas hésité à laisser à Tonga-Tabou les mauvais sujets qui voulaient nous abandonner, et j’eusse été bien aise de purger l’Astrolabe de leur présence. Mais, nonobstant les pertes que nous avions faites sur les récifs, je tenais à poursuivre mon plan de campagne : de longues et périlleuses explorations nous restaient à exécuter, et je devais m’attendre à des manœuvres forcées et imprévues. Il s’en fallait déjà de beaucoup que l’équipage fût en état de manœuvrer au gré de mes désirs ; je ne pouvais donc priver l’Astrolabe d’un certain nombre de bras, sans compromettre la suite de nos opérations. D’ailleurs c’eût été offrir un exemple dangereux au reste des matelots, et m’exposer à les voir tous disparaître l’un après l’autre dans les relâches subséquentes.

Tout bien considéré, je m’arrêtai au parti suivant, comme le plus convenable dans la circonstance. Ce fut de partir le lendemain matin, au lieu d’attendre au surlendemain, comme j’en avais d’abord le dessein. Dans mon opinion, cette mesure devait suffire pour renverser les projets des déserteurs, car j’avais tout lieu de penser que ces projets devaient s’effectuer dans le cours de la journée suivante qui était un dimanche, et pour laquelle j’avais promis à une partie de l’équipage la permission d’aller se promener sur Pangaï-Modou.

Je ne fis part de cette résolution ainsi que de l’avis qui l’avait motivée qu’à M. Jacquinot, en lui recommandant le plus profond silence. En même temps je lui donnai l’ordre de préparer dès le lendemain matin, mais sans bruit et sans appareil, comme si l’on eût voulu simplement tenir le navire tout prêt pour le lundi, afin qu’il ne restât plus rien à faire à l’équipage dans le cours de la journée. Enfin pour la nuit, la