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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/140

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au-devant d’une des masures du Trient le voile vert de deux ou trois Anglaises qui se trouvèrent heureusement fort jolies. Cependant leur rencontre ne retarda pas ma marche. La journée, peu favorable à mes recherches botaniques, ne m’avait offert de remarquable que les magnifiques groseilliers à fruit acide de la vallée de Vallorsin, et les fraises délicates et parfumées de la Balme Rousse. J’étais impatient de fouler ces beaux tapis de caucalier alpin, de gentiane jaune, d’astrantie majeure, qui bordent les hauts revers de la Forclaz. Nous gravîmes, avec un courage que les fatigues de la journée n’avaient pas abattu, cette montagne élevée de sept cent soixante-dix-huit toises au-dessus de la mer, c’est-à-dire de plus d’un quart de lieue à pic au-dessus des charmans vallons de Maglan. La descente vers Martigny nous parut plus pénible. Cette pente sans repos, qui se précipite sur des gazons glissans pendant près de deux heures, ne soutient plus l’énergie du voyageur par l’attrait séduisant d’une conquête. Il semble perdre au contraire de son invasion dans un monde sauvage, tout ce que la culture lui rend à chaque pas. Il quitte à peine les sapins, que les hêtres aux longues colonnes se couronnent pour lui de feuillages magnifiques ; plus loin, des poiriers chargés de fruits bordent son chemin ; et enfin, des châtaigniers aux dômes vastes et frais, des vignes riches et robustes l’accompagnent jusqu’à la vallée.

Cette vallée, dont l’admirable aspect n’a presque point d’objet de comparaison sur la terre, s’aperçoit d’une hauteur prodigieuse : c’est le Valais tout entier, au milieu de toutes ses montagnes, avec le Rhône qui l’arrose dans toute sa longueur ; avec ses villes, ses villages, ses cultures ; et plus près de vous, Martigny dont la rue sinueuse, les quartiers épars, les larges enclos annoncent presque une ville considérable. mais dans lequel, en suivant les traces épouvantables du dernier désastre de la Drance, on craint un peu plus tard de trouver à peine une ruine. Quelque immense que soif l’ensemble de ce tableau, je n’ai pas besoin de vous engager