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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/13

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lettre de M. Thomas, et me priait d’en prendre immédiatement connaissance. Après m’avoir remercié des présens que je lui avais envoyés, ce missionnaire me prévenait du dessein qu’avaient formé plusieurs matelots de l’Astrolabe de quitter leur navire, pour demeurer avec les naturels, afin que je pusse prendre à cet égard telles précautions que je jugerais convenables.

Cet avis me fit faire de tristes et sérieuses réflexions. Par une suite naturelle de l’indifférence extrême qu’avait apportée à l’armement de l’Astrolabe l’autorité principale de Toulon, il m’avait été impossible de composer l’équipage de cette corvette d’une manière satisfaisante. Pour le compléter, malgré ma répugnance, j’avais été obligé de recevoir des hommes arrêtés pour vols ou désertions et des sujets mal notés. Dans les deux expéditions de l’Uranie et de la Coquille, la première, dès sa seconde relâche, avait laissé près du quart de son équipage au Brésil, et la seconde, en moins d’un an, avait perdu quatorze hommes de la même manière dans les nouveaux États de l’Amérique méridionale. Les aventuriers qui s’étaient embarqués sur l’Astrolabe comptaient pour la plupart en faire autant ; mais je déjouai leurs projets en les transportant immédiatement par une traversée de quatre mille lieues des rochers de Ténérife aux plages de l’Australie. L’ordre et la discipline sévères établis dans la colonie de la Nouvelle-Galles du sud n’offrirent pas à ces individus les mêmes attraits que les États naissans de l’Amérique méridionale où le plus mauvais sujet de l’Europe peut se flatter de parvenir. Plus résolus que les autres, deux seulement désertèrent leur navire à Port-Jackson, encore je réussis à les faire rentrer à leur poste.

Le caractère âpre et sauvage des Nouveaux-Zélandais, leur vie active et guerrière, surtout la nature du climat et le régime frugal de ces peuples convinrent encore moins à nos matelots marrons. Je ne me dissimulais point que sous ce rapport la relâche de Tonga-Tabou devait offrir plus de dangers à la mission. Mais je ne comptais faire sur cette île