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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/117

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Julie montra par un regard son enfant à lord Grenville. Ce regard disait tout.

— Un mari, nous pouvons l’abandonner quand il nous aime peu ou point. — Nous pouvons mépriser les lois du monde. — Un homme est un être fort, il a des consolations... mais un enfant sans mère !...

Toutes ces pensées, et mille autres plus attendrissantes encore étaient dans ce regard. Hélène s’éveilla.

— Maman !...

A ce mot, Julie fondit en larmes.

Lord Grenville s’assit et resta les bras croisés, muet et sombre.

— Maman !...

Cette jolie, cette naïve interpellation réveilla des sentimens nobles et tant d’irrésistibles sympathies, que l’amour fut écrasé sous les imposantes joies, sous la voix puissante de la maternité... Julie ne fut plus une femme curieuse ou fragile, elle fut mère.

Lord Grenville admirait son idole ; il ne résista pas longtemps ; les larmes de Julie le gagnèrent.

En ce moment, une porte fermée avec violence fit un grand bruit, et ces mots retentirent :

— Madame d’Aiglemont , est-ce que tu es par ici ?...

Le marquis était revenu avant que Julie, frappée d’étonnement, eût retrouvé son sang-froid.

M. d’Aiglemont se dirigeait de sa chambre dans celle de sa femme ; ces deux pièces étaient contiguës.

Heureusement Julie fit un signe à lord Grenville, et celui-ci alla se jeter dans un cabinet de toilette dont la marquise ferma vivement la porte.

— Eh bien ! ma femme, lui dit Victor, me voici... — La chasse n’a pas lieu. — Je vais me coucher...

— Bonsoir, lui dit-elle, je vais en faire autant, ainsi laissez-moi me déshabiller.

— Vous êtes bien revêche ce soir... Je vous obéis, madame la marquise...