Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 4.djvu/111

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et c’est peut-être une vertu naturelle qu’aucune loi, qu’aucune civilisation ne fera taire. Et qui oserait les en blâmer ? Quand elles ont imposé silence à cette aversion, ne sont-elles pas connues des piètres sans croyance. Si les esprits rigides blâment l’espèce de transaction conclue par Julie entre ses devoirs et son amour, les âmes passionnées lui en feront un plus grand crime. Cette réprobation générale accuse tout le malheur qui attend les désobéissances aux lois sociales.


V. — LE RENDEZ-VOUS.

— Vous allez être bien heureuse, madame la marquise, dit M. d’Aiglemont en posant sur une table la tasse dans laquelle il venait de boue son café après le dîner.

Le marquis regarda madame de Wimphen d’un air moitié malicieux, moitié chagrin ; puis il ajouta :

— Je pars pour une longue chasse où je vais avec le grand-veneur. Vous serez au moins pendant huit jours absolument veuve, et c’est ce que vous désirez un peu, je crois…

— Guillaume !… dit-il au valet qui vint enlever les tasses, faites atteler.

Madame de Wimphen était cette Louise à laquelle jadis madame d’Aiglemont voulait conseiller le célibat.

Les deux femmes se jetèrent un regard d’intelligence qui prouvait que Julie avait trouvé dans son amie une confidente de ses peines, confidente précieuse et charitable, car elle était très-heureuse en mariage ; et, dans la situation où se trouvaient ces deux femmes, peut-être le bonheur de l’une était-il une garantie de son dévouement au malheur de l’autre ; en ce cas, la dissemblance des destinées est peut-être un lien puissant de l’amitié.

— Est-ce le temps de la chasse ?… dit Julie en jetant un regard indifférent à son mari.

Le mois de mars était à sa fin.

— Madame, le grand-veneur chasse quand il veut, et où il veut… Nous allons en forêt royale, tuer des sangliers…