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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/92

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et c’est ce qui le rend si précieux, n’est que la traduction de chroniques orales ou traditionnelles, à la conservation desquelles aidaient puissamment ces peintures hiéroglyphiques qui rappelaient néanmoins plutôt les faits matériels qu’elles ne pouvaient rendre les idées abstraites. Au Mexique comme au Pérou, au Chili et même chez d’autres peuples bien moins avancés en civilisation, il y avait dans les bourgades des hommes dont la mémoire s’était prodigieusement exercée, et que, selon l’expression d’un vieux voyageur, on pouvait appeler les hommes-archives. La tradition était conservée chez eux vivante, et l’on veillait à ce qu’elle ne s’altérât point. Au Mexique surtout, les chroniques historiques, les discours traditionnels qu’on adressait au dieux et aux rois, et qui contenaient les principes fondamentaux de la religion et de la politique, étaient conservés de cette manière : par un bonheur inouï pour l’étude future de l’histoire du Nouveau-Monde, de la mémoire des Mexicains, ces discours sont passés avec toute leur simplicité solennelle dans l’ouvrage du père Sahagun ; nous allons offrir les garanties que le bon religieux nous donne de son exactitude scrupuleuse. On verra que, s’il n’a su mettre de côté les idées de son temps, il n’a manqué ni de méthode ni de clarté, et que ces deux qualités si précieuses dans un historien quelquefois enthousiaste étaient unies chez lui à une prodigieuse persévérance.

Bernardino de Sahagun commença son ouvrage en langue mexicaine dans le bourg de Tepepulco, de la province de Tezcuco. Par le conseil du gouverneur, il choisit, pour obtenir la tradition, douze Indiens des plus anciens, ayant une grande réputation de probité. Durant l’espace de deux ans, il eut des conférences