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Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/90

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En cela, il partageait une erreur commune aux contemporains de Sahagun. La pensée du bon moine était bien plus vaste qu’on ne le supposait : non-seulement il voulut faire connaître à ses compatriotes la langue mexicaine, mais il lui parut bien plus important encore de sonder le génie intime de la nation, de révéler pour la première fois son véritable caractère, mélange d’une incroyable douceur et d’une horrible férocité. Il comprit que tout était encore dans la tradition, que cette tradition allait s’éteindre, et que l’erreur subsisterait. Ce peuple, enfin, que Hernan Cortès et que Bernal Dias del Castillo avaient vu en conquérans ivres de carnage et de fureur religieuse, il le vit en philosophe chrétien ardent à convertir, mais sentant bien que des conversions réelles ne pourraient être faites que quand on connaîtrait enfin les idées morales et religieuses d’un peuple qu’on s’était contenté jusqu’alors de baptiser le sabre à la main. Honneur au moine du XVIe siècle, qui eut cette grande et noble pensée, et qui l’exécuta au milieu de si nombreux obstacles, que si la naïveté de son langage n’égalait point sa ferme persévérance, on serait tenté de mettre sur le compte de plusieurs ce qui n’appartient qu’à un seul ! Avant de donner quelques fragmens de son livre, examinons rapidement sa vie, la manière dont il recueillit les divers documens dont il composa son histoire et l’esprit particulier qui y domine.