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trouvent aussi en grande quantité sur ces côtes, et nichent dans les rochers. Parvenus aux parvis du temple, nous pûmes admirer la parfaite conservation de ses colonnes. Un des passagers de notre bord nous donna l’assurance qu’en 1824, l’amiral Paulucci, en avait fait enlever deux pour les transporter à Venise ; mais probablement il s’était contenté des blocs renversés, car nous retrouvâmes bien entière la façade décrite par tous les voyageurs. On lisait sur un socle ces vers français, qui paraissaient d’une date assez récente :

Toi qui viens visiter ces restes solitaires,
De la mort et du temps éternelles leçons,
Homme, dépose ici l’orgueil de tes chimères,
Tout est vain ici-bas : Dieu reste, et nous passons.

Cet écho des hautes méditations de Platon nous parut heureusement placé sur les ruines de Sunium. Les colonnes d’ordre dorique qui font face à la mer, sont dans un parfait état de conservation. Leur marbre a gardé sa blancheur, mais je suis étonné que la foudre les ait laissées debout au sommet d’une colline isolée, et dans une disposition qui semble faite pour l’attirer. Les orages sont d’une violence extraordinaire dans ces parages, et nous pouvons, afin d’en donner une idée, citer un fait que toute la division de M. l’amiral Rosamel attesterait au besoin. Dans l’hiver de 1829, le vaisseau que montait cet officier-général était mouillé dans la baie de Navarin ; le tonnerre tombait dans toutes les directions avec un épouvantable fracas ; il atteignit un magasin où se trouvaient plusieurs milliers de poudre dont l’explosion fit sauter en l’air la citadelle qui les renfermait et la garnison française placée dans le fort ;