Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/55

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


couvraient les plages du Port-Refuge et considéraient le Rambler. Les pirogues des îles Hapaee avaient disparu, mais on finit par reconnaître qu’elles avaient été halées sur le rivage dans un point éloigné de la baie. Powell, certain du dévoûment de ses compagnons, fait aussitôt appareiller son navire, tire quelques coups de canon pour effrayer les naturels, et se dirige vers les pirogues. Lorsqu’il est près d’elles, il arme deux baleinières, s’embarque, et protégé par le feu de son navire, réussit à mettre à la mer la plus grande des deux pirogues, qu’il amène à la remorque.

Le succès du plan était certain ; Powell eut le malheur d’en douter, et ce doute causa sa perte. Il voulut plus de certitude, et crut qu’il lui serait aussi facile de s’emparer de la seconde pirogue que de la première, pensant qu’alors sans nul doute tous les déserteurs lui seraient rendus.

Il repart avec un seul canot et débarque sans obstacle ; plein d’une téméraire confiance, la curiosité l’entraîne à quelques pas du rivage. Dans ce moment même, par une fatalité inconcevable, le Rambler, trouvant l’eau peu profonde, est forcé de virer de bord. Les insulaires, armés de lances, de haches et de casse-têtes, étaient en embuscade derrière des dunes et des buissons. Ils observent avec une étonnante sagacité que le navire leur présente son avant, qu’ils sont à l’abri de ses canons. L’occasion est précieuse. Ils s’élancent avec la rapidité de l’éclair et en viennent aux mains avec les envahisseurs de leur sol. Les étrangers, revenus de leur premier étonnement, se défendent avec une bravoure inutile ; ils ne peuvent faire qu’une décharge, le nombre va les accabler. Leur canot est encore à flot ; ils tentent d’y rentrer et de fuir. Dans ce mouvement, Powell