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Quand la vivante Rome hésite dans ses tours,
Tout hésite et s’étonne, et recule en son cours
Les rayons effrayés disent au cercle : Arrête,
Il le dit à son tour aux cercles dont la crète
S’enchâsse dans la sienne et tourne sous sa loi.
L’un le redit à l’autre ; et l’impassible roi,
Paris l’axe immortel, Paris, l’axe du monde,
Puise ses mouvemens dans sa vigueur profonde,
Les communique à tous, les imprime à chacun,
Les impose de force, et n’en reçoit aucun.
Il se meut : tout s’ébranle, et tournois, et circule ;
Le cœur du ressort bat, et pousse la bascule ;
L’aiguille tremble et court à grands pas, le levier
Monte et baisse en sa ligne, et n’ose dévier.
Tous marchent leur chemin, et chacun d’eux écoute
Le pas régulateur qui leur creuse la route.
Il leur faut écouter et suivre ; il le faut bien ;
Car, lorsqu’il arriva, dans un temps plus ancien
Qu’un rouage isola son mouvement diurne,
Dans le bruit du travail demeura taciturne,
Et brisa, par orgueil, sa chaîne et son ressort,
Comme un bras que l’on coupe, il fut frappé de mort
Car Paris l’éternel de leurs efforts se joue,
Et le moyen divin tournerait sans la roue ;
Quand même tout voudrait revenir sur ses pas,
Seul il irait, lui seul ne s’arrêterait pas,
Et tu verrais la force et l’union ravie
Aux rayons qui partaient de son centre de vie.

Plus loin, c’est une fournaise dont la lumière

Teint de rouge les bords du ciel noir et profond ;
C’est un feu sous un dôme obscur, large et sans fond.
Là, dans les nuits d’hiver et d’été, quand les heures
Font du bruit en sonnant sur le toit des demeures,
Parce que l’homme y dort ; la veillent des esprits
Grands ouvriers d’un œuvre et sans nom et sans prix
La nuit leur lampe brûle, et le jour elle fume,
Le jour elle a fumé, le soir elle s’allume,
Et toujours et sans cesse alimente les feux
De la fournaise d’or que nous voyons tous deux.